L’homme est-il prisonnier de la civilisation technique ?
Alfred Stucky (AS), constructeur de barrages, directeur de l’Ecole polytechnique de Lausanne, aborde la relation de l’homme et de la technique. «L’être humain n’est vraiment lui-même que muni de quelque outil de sa fabrication», selon AS qui esquisse l’histoire du développement de la technique, des premières pratiques de survivance à la science issue de la curiosité désintéressée de certains, tout en montrant comment cette évolution a plus ou moins influencé la civilisation, surtout depuis la machine à vapeur et la naissance de l’industrie, qui va de pair avec le rendement. On en est au stade du travail collectif, non plus artisanal; et il faut vendre, d’où la propagande commerciale, la concentration: la technique étend son emprise sur toute activité. Or, l’humanité doute d’elle-même, confronté aux énormités cosmiques qu’elle découvre (espace, durée, matière), et aux effets de sa propre croissance. Une crise se prépare donc, l’individu risquant de se trouver prisonnier de l’organisation scientifico-technique qu’il s’est donné; les loisirs même en sont marqués, la cybernétique ne serait qu’une technique au deuxième degré; la planète pourrait devenir inhabitable, par épuisement des ressources, le risque du totalitarisme n’est pas exclu. Que la pensée se critique elle-même: il faut vouloir être plus, non seulement savoir et pouvoir davantage; garder une vue générale par une culture, indispensable et dépassant l’humanisme classique. Conférence étonnante, si un peu monocorde. Mais voilà un homme né en 1892, grand ingénieur, grand technicien, que son savoir et sa pratique n’ont nullement empêché de voir plus loin. Loin de s’en prendre à la technique, il perçoit profondément quel en est le contexte. Bien des passages de sa causerie pourraient être dits aujourd’hui, et sa réflexion générale est proche en plus d’un point de celle qu’un Denis de Rougemont proposait. Conférence précédée par la soirée d’inauguration des locaux actuels du Club 44, avec intervention de diverses personnalités: Jean Hoffmann (président du Club 44, non nommé), Georges Braunschweig (président d’honneur), Henri Guillemin (attaché culturel, ambassade de France), André Sandoz (président, conseil d’Etat), en sus de nombreux invités.